17.03.2006

Pourquoi écrivez-vous français ?

C'est la question qu'ont posé les journalistes de Libération à 31 auteurs francophones. Les réponses de ces derniers, ainsi que divers articles évoquant l'évolution de notre langue, nous sont proposées dans un superbe hors-série paru en supplément de l'édition du 16/03.

La lecture des témoignages des différents auteurs est un délice.

Une tentative de typologie - excercice forcément réducteur - peu éclairer ceux qui ne sont pas familiers avec les problématiques se posant aux francophones de la périphérie (par opposition aux francophones hexagonaux).

On distingue quatre grandes familles :

- Les écrivains francophones, évoluant dans un univers francophone et ayant le français pour langue maternelle (québécois, ouest de la suisse, wallonie) ;

- Les écrivains appartenant à un univers pluri-linguiliste, utilisant quotidiennement le français (certains pays d'Afrique francophone, Côte d'Ivoire et Cameroun notamment) ;

- Les écrivains évoluant dans un pays où le français est la langue officielle, la langue de l'enseignement, mais à laquelle on n'accède qu'à la fin de la petite enfance (Haïti, certains pays du Sahel) ;

-Les écrivains évoluant dans un pays où le français est une langue à laquelle l'on peut avoir accès au cours de l'enseignement secondaire (reste du monde).

Chacune de ces famille se subdivise ensuite entre les écrivains résidant et travaillant en France et ceux restés dans leur pays d'origine.

Le rapport à langue (charnel, intellectuel, utilitaire, conflictuel) est ensuite propre au vécu de chacun.

On apprécie la simplicité avec laquelle Ying Chen, née à Shanghaï, vivant à Vancouver et ayant appris le français à 18 ans, confie avoir rougi en entendant des commentaires sur : "une jeune fille venue de l'étranger qui se met gentiment, courageusement et exotiquement à écrire en français, qui inspire sympathie et tendresse bien sûr, mais dont la qualité des textes... à côté des Balzac, des Stendhal...".

On s'agace de l'attitude de l'auteur québécois Monique Proulx qui refuse de jouer le jeu, en s'offusquant : "Ca ne va pas. On ne peut pas demander à un francophone : pourquoi écrivez-vous en français ? (...) C'est malpoli. C'est nul et non avenu. Pour tout dire : terriblement parisianiste."

Les trente et un témoignage étant tout aussi passionants, ils mériteraient tous d'être cités et commentés, ce qui deviendrait vite rébarbatif. Provocurez-vous ce hors-série !

Je conclue en reprenant l'analyse extrêmement intéressante que livre Boubacar Boris Diop sur le projet littéraire du regretté Ahmadou Kourouma - qui mêlait dans ses écrits français et malinké afin de régénérer les deux langues : "Au fond Kourouma nous dit que le malinké doit mourrir - pourrir? à l'intérieur de la langue française, que celle-ci n'est pas une parenthèse historique mais notre unique destin. N'y a-t-il pas d'ailleurs dans ce projet le risque d'égayer les amateurs d'exotisme avec du français-bamboula ? Le génie narratif de Kourouma l'en a préservé. Avec des conteurs moins doués, les dégâts peuvent être sérieux."

Commentaires

amusant et interessant d'entendre parler pour moi de francophones et de la langue française de cette façon dire que parfois je perds mon français, il est si facile de se perdre dans la langue du pays dans laquelle on vit.

merci malheureusement j'ai peur de ne pouvoir me procurer cet hors serie outre manche

aude

Écrit par : aude | 17.03.2006

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